Société des historiens du Congo Brazzaville » KONGO
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Le musée du quai Branly présente cet été, à travers 170 oeuvres majeures et 80 documents, une importante exposition consacrée aux traditions artistiques d’Afrique Centrale, à savoir le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.
Véritable voyage initiatique menant le visiteur des forêts du Nord aux savanes du Sud, l’exposition démontre les liens existant entre les oeuvres produites dans les régions bordant le majestueux fleuve Congo, par diverses populations de langues bantoues.
Derrière la variété des masques et sculptures fang, hemba, kwélé ou kota, l’exposition met en lumière les oeuvres majeures de l’Afrique Centrale, dans leur conception, leurs structures et les liens artistiques qui les rapprochent.
Les trois thèmes de l’exposition, fondamentaux communs à ces peuples iconophiles, sont complémentaires :
les masques et statues ayant le « visage en forme de coeur », et qui assurent l’unité et l’identité des groupes respectifs ;
l’importance de l’ancêtre fondateur et des membres éminents de son lignage ;
la représentation de la femme dans les royaumes de la savane, équilibrant l’autorité des hommes, liée au mystère de la régénération de la terre, de l’agriculture, de la vie humaine.
L’Afrique centrale est habitée par de nombreux groupes humains ayant chacun son identité propre. Malgré leurs différences, leurs oppositions même, ceux-ci s’exprimaient dans des langues communes, usaient d’institutions semblables, engageaient leur vision du monde dans des rituels initiatiques et thérapeutiques, des danses et des incantations adressées aux esprits de la nature et à leurs ancêtres. Les liens culturels qui relient ses populations couvrant la grande forêt et les savanes subéquatoriales affleurent également dans leurs productions matérielles. Les oeuvres majeures présentées ici en témoignent.
François Neyt, commissaire de l'exposition
autour de l'exposition
AUDIOGUIDE
Parcourez l’exposition avec un audioguide original, où se mêlent commentaires d’objets et épisodes contés. Le parcours audioguidé de l'exposition est disponible en version française sur place ou en téléchargement.
L’exposition s’intéresse à trois pays, représentant un tiers du continent africain : le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.
Dans une lecture transversale des sculptures d’Ouest en Est, l’exposition met en lumière l’unité des productions artistiques des différentes populations partageant les mêmes modes de pensée et d’expression, et révèle leurs transformations des zones forestières aux savanes méridionales.L’exposition est construite en trois grandes séquences, précédées d’une introduction sur la géographie et l’histoire de cette zone géographique.
Dans chaque section, des documents – photographies, vidéos, dessins – illustrent le propos en montrant les oeuvres dans leur contexte d’origine et en apportant un éclairage sur l’histoire et l’historiographie de ces formes artistiques.
SECTION 1 : LE « VISAGE EN FORME DE COEUR »
Le masque en forme de coeur est présent du Gabon au Congo oriental, dans un style dépouillé et simplifié à l’extrême. Il fait référence aux esprits, « éclaire les évènements fondateurs du passé, et demeure le présage de bénédictions et d’espérances nouvelles » explique François Neyt. Ce signe fondamental de la vie des communautés est utilisé dans des rituels mêlant musique, danse et chant.
Les oeuvres sont présentées selon un parcours géographique allant des productions d’Ouest en Est, du Gabon vers les deux Congo :
les Fang et les peuples apparentés
les Kwele
les Mbede-Kota
les Tsogho, Galwa, Aduma, Vuvi et Teke (Tsaayi)
les Ngbaka, Ngbandi et Ngombe
les Mbole, Yela, Metoko, Komo, Jonga, Lengola et Kela
Le masque Lapicque à six yeux relève de la catégorie des masques animaliers « à trompe ». De forme ovoïde, il présente un visage plat, dépourvu de nez et de bouche, que partage une excroissance axiale allongée rappelant la trompe d’un éléphant. […] Comme d’autres masques de la région (fang et kota notamment), la multiplication des yeux signifie que cet esprit de la forêt est une entité qui « voit tout », même ce qu’on essaie de lui cacher. […] Ce masque de facture extrême et rare montre bien comment les artistes kwele, loin d’utiliser des expressions simples, avaient au contraire développé au fil du temps un art graphique savamment épuré, inspiré d’un imaginaire nourri des visions oniriques obtenues par l’ingestion de substances hallucinogènes au cours des rites. […] On comprend que ce masque, quintessence d’un art inspiré de la grande forêt équatoriale avec son graphisme touchant à l’universel, ait d’emblée fasciné les artistes occidentaux.
Louis Perrois, ethnologue, directeur de recherche honoraire de l’ORSTOM
extraits de l'ouvrage musée du quai Branly, La Collection
SECTION 2 : LES RELIQUAIRES ET LES FIGURES D’ANCÊTRES
Les reliques des ancêtres du village sont honorées dans des cultes familiaux. Outre les crânes des ancêtres masculins du clan, ceux des héros guerriers, des mères du clan et des femmes réputées sont conservées dans des reliquaires sculptés et parfois décorés de perles, ossements et autres matériaux.
La section débute par l’évocation d’un temple Tsogho (Gabon), puis par la présentation des oeuvres suivantes :
reliquaires à cavité dorsale des Bamba-Mbede
effigies des Teke et des Yansi
statues reliquaires des Fang
reliquaires de Mahongwe et des Kota-Obamba
effigies des Kuyu à tête mobile, figures d’ancêtres des Bwende et des Bembe
figures ancestrales des Vili, Yombe, Kongo
figures royales Kuba
effigies des Songye et des Kusu
grande statuaire d’ancêtre des Hemba, des Tumbwe, Holo-Holo, Boyo et Tabwa
Les Kota de la partie orientale du Gabon pratiquent le bwete, le culte des ancêtres – ancêtres que l’on redoute, mais dont on cherche aussi la protection. Lors des rites d’initiation présidés par le prêtre de la famille, les reliques sont nourries de sang sacrificiel et on leur présente des aliments qui seront consommés ultérieurement par les vivants. […] Les sculptures, quant à elles, sont frottées avec du sable pour qu’elles gardent leur éclat avant d’être brandies par les danseurs. Les femmes, les enfants et les étrangers sont écartés de ces cérémonies sacrées qui exigent une initiation préalable.
Marine Degli, chargée d’étude au musée du quai Branly
extraits de l'ouvrage Chefs-d’oeuvre dans les collections du musée du quai Branly
SECTION 3 : LA REPRÉSENTATION FÉMININE DANS LES ROYAUMES DE LA SAVANE
Cette section met en valeur les représentations féminines dans les communautés vivant le long du fleuve Congo, des masques punu aux représentations luba en passant par les maternités phemba des Kongo. De la reine Nzinga du Matamba chez les Kongo aux épouses royales des Kuba ou des Luba, et tant d’autres mères honorées dans différents groupes culturels, l’importance de la femme dans leurs relations à ce monde et à l’ouverture au monde de l’invisible est unique. Féconde et nourricière, la femme est profondément unie au cycle de la vie, à la nouvelle lune, à l’agriculture, aux moissons, à toute fécondité de la terre et de la famille. C’est elle qui façonne la céramique ; les fourneaux sont souvent ornés de seins féminins, car la fusion du métal s’apparente à un accouchement. Elle est essentiellement liée à la culture qu’elle transmet, à la divination et aux rituels thérapeutiques qu’elle préside.
Cette section propose une présentation des oeuvres suivantes progressant de l’Ouest du fleuve vers l’Est :
masques punu, eshira, kongo
représentations féminines chez les Kongo
masques et effigies des Holo, Yaka et Suku
masques et effigies pende des Kuba
représentations de guerriers et de maternités luluwa
l’Ancien et l’idéal féminin des Cokwe ; la représentation féminine luba
La région d’origine de cette oeuvre se situe au Gabon, au sud de la rivière Ogooué, chez les Punu. […] Ce masque est une pièce très équilibrée : la coiffure forme deux coques volumineuses sur la tête et de petites ailettes au-dessus des oreilles. Les scarifications frontales se présentent comme une succession de points en fort relief tandis que les tempes et les commissures des lèvres comportent de simples incisions.
La régularité, la symétrie renforcent l’idéalisation d’un certain naturalisme. L’aspect serein et doux du visage disparait sans doute totalement avec la danse exécutée par le porteur du masque, qui seul pouvait parvenir à le rendre effrayant.
Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique au musée du quai Branly
extraits de l'ouvrage musée du quai Branly, La Collection